Chaque année, un habitant en France produit environ 559 kg de déchets ménagers et assimilés mais que contiennent réellement les poubelles collectés ? Combien de déchets valorisables finissent encore dans les ordures ménagères résiduelles (OMR) ? Quelles sont les erreurs de tri les plus fréquentes, et sur quels territoires se concentrent-elles ?
L’Union européenne et la loi Agec ont fixé de nombreux objectifs à atteindre d’ici 2030 comme augmenter le taux de recyclage des déchets à 75%, ou encore celui de la valorisation matière à 60%. Les plans locaux de la prévention des déchets ménagers et assimilés (PLPDMA) s’inscrivent dans leur continuité : ils déclinent justement ces objectifs nationaux à atteindre au niveau local, à travers l’élaboration d’une feuille de route précise sur la planification et la coordination des actions de prévention et de gestion des déchets.
La connaissance fine de la composition des déchets est un préalable indispensable à toute politique de prévention et de gestion des déchets. Qu’il s’agisse d’élaborer un PLPDMA, d’évaluer les performances de tri d’un territoire ou d’ajuster les moyens de collecte, les acteurs du secteur de l’environnement et des déchets, en particulier les collectivités, doivent pouvoir s’appuyer sur des données fiables et représentatives de leurs gisements.
De la caractérisation ponctuelle à la caractérisation en continu
La collecte des données est essentielle pour mesurer la performance des actions menées, évaluer l’évolution des comportements notamment en matière de tri des déchets et ajuster les actions au fur et à mesure des résultats observés.
La caractérisation des déchets s’avère justement être l’un des outils permettant d’effectuer une gestion pilotée par la donnée.
En quoi consiste la caractérisation des déchets ?
La caractérisation des déchets consiste à analyser finement la composition des flux collectés sur un territoire. C’est une étude approfondie qui a pour objectif d’analyser la nature et la quantité des déchets produits par les ménages. Elle se concentre sur la composition des déchets et leur répartition par catégorie.
Avec l’évolution de la technologie, deux méthodes coexistent aujourd’hui.
Le mode MODECOM
Historiquement, la caractérisation des déchets repose sur des campagnes de tri et de pesées manuelles réalisées sur des échantillons représentatifs, selon une méthodologie normalisée créée par l’ADEME en 1993 : le mode MODECOM.
Le protocole est rigoureux : sélection de points de collecte représentatifs du territoire (types d’habitat, zones urbaines et rurales, points d’apport volontaire ou collecte en porte-à-porte), tri manuel des échantillons en catégories précises (recyclables, biodéchets, textiles, verre, refus de tri…), pesées, puis extrapolation statistique à l’ensemble du territoire. On obtient alors une photographie chiffrée, fiable et exploitable de ce que jettent réellement les ménages, à un maillage large.
Cette caractérisation est dite ponctuelle car elle est réalisée une à trois fois maximum par an, elle ne permet donc pas de collecter et d’analyser la donnée en continu.
Une méthode complémentaire de nouvelle génération a vu le jour. Celle-ci permet justement d’avoir une analyse régulière : la caractérisation assistée par l’intelligence artificielle.
La caractérisation assistée par l’IA
La caractérisation assistée par l’IA repose sur des capteurs embarqués (caméras sur les camions de collecte ou en sortie de centre de tri, détecteurs infrarouges, conteneurs connectés placés sur les bacs de tri au sein des locaux poubelle des immeubles…) combinés à des modèles entraînés sur des millions d’images. Ces technologies reconnaissent automatiquement les objets et leurs matériaux, ou encore détectent les erreurs de tri en temps réel.
Toutes ces données alimentent ensuite des plateformes logicielles qui les transforment en indicateurs exploitables : cartes territoriales, reporting sur les erreurs de tri par secteur, évolutions dans le temps. On passe ainsi d’une photographie ponctuelle à un suivi continu et géolocalisé de la composition des déchets.
La collectivité, en plus de savoir ce que contiennent ses bacs à un instant T, peut suivre les habitudes de tri quartier par quartier, tournée par tournée, et mesurer l’effet de ses actions presque en direct.
Deux méthodes de caractérisation indispensables, avec leurs atouts et leurs axes d’amélioration
La caractérisation par le mode MODECOM et celle par l’IA présentent toutes deux des atouts indéniables pour la gestion des déchets, représentant une réelle valeur ajoutée pour les collectivités. D’autre part, l’utilisation de ces deux méthodes permet de prendre du recul pour réfléchir à des axes d’optimisation.
Les atouts des deux méthodes : deux logiques complémentaires
Là où le mode MODECOM mise sur le qualitatif, l’intelligence artificielle mise sur le quantitatif et la fréquence.
La méthode de l’ADEME livre une photographie précise et reproductible du gisement grâce à un process appliqué de manière identique d’une campagne à une autre : tri manuel effectué en 13 catégories et 39 sous-catégories, analyses complémentaires réalisées par des laboratoires, pesées réelles des fractions etc. Les campagnes nationales de 1993, 2007, 2017 et 2024, conduites selon le même protocole, permettent ainsi de suivre l’évolution des gisements sur trois décennies.
L’IA renverse la perspective : plutôt qu’un cliché ponctuel, elle offre une cartographie en continu. Grâce à un système de caméras embarquées, elle identifie et mesure en permanence la composition des flux, au rythme de plusieurs images par seconde, soit beaucoup plus rapidement que l’œil humain.
Cette opposition se retrouve dans la nature même des données produites :
- Le MODECOM apporte une précision d’analyse des échantillons imparable : aucune erreur n’est possible car chaque fraction est pesée, et non estimée, ce qui confère aux résultats une fiabilité qui en fait l’outil reconnu et privilégié d’aide à la décision des collectivités, notamment pour l’élaboration et le suivi de leur PLPDMA.
- L’IA, elle, apporte la finesse territoriale et la continuité dans la collecte des données : elle permet d’obtenir un maillage fin car les photos peuvent être capturées à chaque collecte effectuée et par adresse, en fonction des moyens déployés, ce qui donne la possibilité de réaliser une analyse ultra-locale. Par ailleurs, la capture d’images en continu, détecte les erreurs de tri et rend compte de l’évolution des habitudes de tri des usagers mois après mois. On peut alors acquérir une cartographie par zone de collecte et identifier les bacs ou flux problématiques.
C’est donc un outil opérationnel connecté, qui permet de construire des indicateurs de suivi avec une certaine exhaustivité quantitative (données plus nombreuses et plus fréquentes) et de mesurer davantage l’effet réel des actions mises en place en analysant l’avant et l’après, pour notamment réduire les erreurs de tri ou adapter les moyens de collecte par la suite. C’est également un outil en constante évolution qui s’auto-alimente et apprend de lui-même pour s’améliorer de manière continue.
Il y a de plus un contraste dans les conditions de mise en œuvre :
- Le MODECOM exige un tri manuel lourd, mais livre, via des analyses en laboratoire, des données physico-chimiques que l’image ne peut capturer : taux d’humidité, pouvoir calorifique, composition élémentaire des fractions etc.
- L’IA, à l’inverse, écarte l’opérateur du contact direct avec les déchets, supprime la pénibilité, sécurise les campagnes de caractérisation et assure une granularité et fréquence avantageuses
Les axes d’amélioration : des limites en miroir
De façon symétrique, les forces de chaque méthode dessinent les limites de l’autre.
Le MODECOM est précis mais sa fréquence reste rare car une campagne mobilise des moyens humains et matériels considérables. Les caractérisations manuelles sont ainsi reconnues comme chronophages et coûteuses avec un maillage large du territoire : on a en général un aperçu des erreurs de tri à l’échelle de l’intercommunalité. Elles exposent également les opérateurs qui trient à la main, à des déchets potentiellement souillés ou dangereux. À l’inverse, l’IA règle la question de la fréquence mais pas celle de la normalisation : aucun protocole homologué ne cadre son utilisation, là où le MODECOM bénéficie de la légitimité d’une méthode ADEME reconnue et comparable entre territoires.
Le miroir se poursuit sur la finesse de l’analyse :
- Le MODECOM distingue 39 sous-catégories et permet des mesures physico-chimiques, mais ne donne qu’une image ponctuelle, sensible aux variations saisonnières et aux aléas d’échantillonnage
- L’IA couvre au contraire le flux en continu, mais sa reconnaissance se limite aux déchets sur lesquels les algorithmes ont été entraînés : 80 à 130 types de déchets, soit l’équivalent des 39 sous-catégories du mode MODECOM en nombre. C’est donc un périmètre en croissance continue mais qui reste fondé sur la reconnaissance visuelle des déchets, principalement en surface des flux collectés dans les camions.
D’autre part, les deux méthodes divergent sur la question de la masse : là où le MODECOM pèse réellement chaque fraction, l’IA restitue des compositions massiques estimées à partir des surfaces observées dans les images, le plus souvent croisées avec les tonnages réels mesurés sur site, ce qui peut introduire des marges d’erreur sur les compositions analysées, et dont la fiabilité dépend entièrement de la qualité des jeux d’images d’entraînement. Tout nouveau déchet ou atypique, ne sera reconnu qu’après enrichissement du modèle, ce qui impose un apprentissage permanent, effectif “après coup”, là où le tri manuel s’adapte immédiatement à l’inattendu.
Enfin, l’IA porte des limites qui lui sont propres : un coût initial pour la dotation en capteurs. Par exemple, pour avoir une caractérisation fiable, il faudrait que tous les camions soient équipés et que les photos soient prises régulièrement et suivent une cohérence géographique. Cela requiert également un investissement en équipements et licences. Des enjeux de conformité au RGPD peuvent aussi être de mise (apparition de personnes ou de biens sur les images, rattachement des adresses aux résidents…). Autant de points de vigilance qui n’ont pas d’équivalent dans le protocole MODECOM, mais que toute collectivité qui souhaite basculer vers l’automatisé, devra intégrer.
Là où la caractérisation des déchets dit “combien” et “quoi”, d’autres acteurs experts en matière de tri des déchets, interviennent pour apporter des réponses sur le “pourquoi” et le “comment”.
Caractérisation des déchets en continu et Terravox : un binôme gagnant pour les collectivités
Des analyses enrichies et affinées
Les campagnes de caractérisation viennent compléter et affiner les données que nous collectons lors de nos diagnostics et audits d’infrastructures. En croisant nos observations terrain avec une connaissance fine de la composition des déchets (flux, tonnages, typologies…), nous obtenons une vision exhaustive de la situation grâce à notre approche qui s’appuie sur le contexte systémique de la zone d’intervention et aux 3 piliers Pouvoir – Savoir – Vouloir. Ceci nous permet d’analyser les freins et les leviers du contexte résidentiel qui expliqueraient pourquoi telles erreurs de tri sont observées.Un ciblage prioritaire qui représente un gain de temps avantageux
Plus la connaissance du territoire est fine, notamment grâce à la caractérisation des données, plus nous pouvons agir de manière efficiente : que notre client veuille déployer des actions à l’échelle de l’ensemble du territoire ou à l’échelle d’un ou de plusieurs quartiers, nous pouvons cibler directement les zones spécifiques où l’impact sera le plus fort. Par exemple, nous identifions celles où les audits d’infrastructures doivent être plus poussés, nous adaptons nos questionnaires pour les enquêtes habitants avec des questions plus pointues et plus précises… Un gain de temps précieux pour nos clients et pour nous-mêmes, avec une optimisation des moyens humains et financiers à la clé.Des plans d’actions sur mesure
Fortes de ces données consolidées, nos recommandations gagnent en pertinence. Chaque plan d’actions que nous proposons est encore plus personnalisé et adapté au contexte local avec une réelle priorisation des interventions.
Une sensibilisation plus pointue qui fait davantage écho
La caractérisation des déchets en continu nous permet également d’ajuster nos discours de sensibilisation. En connaissant la nature exacte des déchets retrouvés sur un territoire ou les erreurs de tri présentes dans telles zones résidentielles, nous pouvons construire des messages concrets, parlants et directement compréhensibles par les habitants et les acteurs locaux. Une sensibilisation ancrée dans la réalité du terrain, c’est la garantie d’une adhésion plus forte et de comportements plus durables.En combinant notre connaissance des infrastructures et des usages avec l’expertise technique de la caractérisation, nous offrons à nos clients un accompagnement complet, de l’analyse fine jusqu’au passage à l’action.
Une mesure d’impact pour prouver l’efficacité des actions
Enfin, la caractérisation des déchets en continu constitue un outil précieux pour évaluer l’efficacité des actions mises en œuvre. En réalisant des campagnes de caractérisation avant et après intervention, qu’elles soient sur un court, moyen ou long terme, il devient possible de mesurer concrètement la qualité des flux corrélée à l’évolution des comportements. On est donc assuré d’avoir une donnée qui illustre fidèlement l’évolution entre « l’avant » et « l’après », sur un périmètre géographique précis de l’intervention terrain effectuée. En outre, cela évite d’attendre la prochaine campagne de caractérisation programmée dans un plus ou moins long terme, et on peut ainsi mieux ajuster nos actions.Ces indicateurs quantitatifs et qualitatifs éclairent nos clients sur les résultats obtenus, nourrissent le pilotage de leur stratégie dans la durée et valorisent leurs engagements auprès des élus et des habitants. Une démarche d’amélioration continue, où chaque mesure permet d’ajuster la prochaine action.
Ce qu’il faut retenir
La caractérisation des déchets n’est pas une simple étude technique : c’est un outil sur lequel s’appuyer pour piloter la gestion des déchets et un allié pour mesurer la performance des actions.
Elle permet d’affiner la connaissance des habitudes de tri des ménages grâce à des données qualitatives et quantitatives plus ou moins exhaustives, de cibler les actions là où elles comptent, d’optimiser les moyens de collecte et de démontrer les progrès accomplis.
Les deux types de caractérisation présentent des atouts et des inconvénients. Le MODECOM reste la référence pour les campagnes réglementaires et les bilans pluriannuels (ex. suivi d’un PLPDMA), tandis que l’IA apporte le pilotage opérationnel continu au quotidien.
C’est une valeur ajoutée pour la collectivité et également pour Terravox : la collectivité bénéficie d’une exploitabilité et comparabilité des données, tandis que l’alliance entre l’analyse de données quantitatives poussées et l’analyse de données qualitatives approfondies, issues de nos diagnostics, nous permettent de proposer des recommandations de plans d’actions sur-mesure de plus en plus micro aux collectivités. On se rend réellement compte de l’évolution des habitudes de tri dans le temps et on peut alors adapter nos plans d’actions en conséquence.
Questions fréquentes
Caractérisation des déchets : vos questions
Qu'est-ce que la caractérisation des déchets et à quoi sert-elle concrètement ?
La caractérisation des déchets consiste à analyser finement la composition des flux collectés sur un territoire : la nature, la quantité et la répartition par catégorie des déchets produits par les ménages. C'est un préalable indispensable à toute politique de prévention et de gestion : élaborer un PLPDMA, évaluer les performances de tri, ajuster les moyens de collecte ou mesurer l'efficacité des actions de sensibilisation.
Pourquoi la collecte et l'analyse des données sont essentielles pour piloter une stratégie de gestion des déchets ?
L'Union européenne et la loi AGEC ont fixé des objectifs d'ici 2030 comme porter le taux de recyclage à 75 %, ou encore la valorisation matière à 60 %. Les PLPDMA déclinent ces objectifs nationaux au niveau local. Sans données fiables sur la composition des gisements, impossible d'adapter ses actions pour améliorer le tri des déchets, ni de piloter la trajectoire pour les atteindre.
Quelles différences entre le mode MODECOM et la caractérisation par IA ?
Le MODECOM, créé par l'ADEME en 1993, est une méthode normalisée de tri et de pesées manuelles sur des échantillons représentatifs : une photographie ponctuelle, précise et comparable entre territoires. La caractérisation par IA repose sur des capteurs (caméras embarquées, détecteurs infrarouges, conteneurs connectés) et des modèles entraînés sur des millions d'images : un suivi continu, géolocalisé et en temps réel des flux et des erreurs de tri.
Peut-on remplacer une méthode par l'autre ?
Non, pour l'instant. Les deux sont complémentaires : le MODECOM conserve sa valeur de référence pour les bilans périodiques et les données normées (pesées réelles, analyses physico-chimiques, 39 sous-catégories), tandis que l'IA apporte la mesure continue nécessaire au pilotage opérationnel quotidien. L'une dit « combien » et « quoi » ; des expertises complémentaires, comme celles de Terravox, répondent au « pourquoi » et au « comment ».
Quelles sont les limites de chaque méthode ?
Aucune des deux méthodes n'est parfaite, et leurs limites sont en partie complémentaires. Le MODECOM offre une grande précision (pesées réelles, 39 sous-catégories, analyses de laboratoire), mais son coût et sa lourdeur logistique limitent sa fréquence : une à trois campagnes par an au maximum, avec un maillage large du territoire, et des conditions de travail manuel exigeantes pour les opérateurs. L'IA, de son côté, répond à cette question de la fréquence et offre une couverture continue du territoire, mais ses résultats restent des estimations : masses déduites des images, reconnaissance limitée aux déchets sur lesquels les algorithmes ont été entraînés, et absence pour l'instant de protocole normalisé garantissant la comparabilité entre solutions. Son déploiement suppose par ailleurs un investissement initial en équipements et une vigilance particulière sur la conformité au RGPD. C'est précisément parce que les forces de l'une répondent aux limites de l'autre que les deux méthodes gagnent à être combinées.
En quoi la caractérisation en continu est-elle un atout pour la collectivité au quotidien ?
Elle permet de suivre les habitudes de tri quartier par quartier et tournée par tournée, d'identifier les bacs ou flux problématiques, de mesurer l'effet des actions « avant/après » presque en direct, et d'ajuster les moyens de collecte — sans attendre la prochaine campagne MODECOM programmée à long terme. C'est un pilotage par la donnée, en amélioration continue.
Comment Terravox exploite-t-il les données de caractérisation pour ses clients ?
Avec l'accord de la collectivité et de son prestataire de caractérisation (Lixo, Ficha…), Terravox croise ces analyses quantitatives avec son diagnostic 360° (audit des infrastructures, enquêtes habitants, entretiens avec les parties prenantes, approche Savoir-Vouloir-Pouvoir). Résultat : un ciblage prioritaire des zones à fort impact, des plans d'actions sur mesure, des messages de sensibilisation ancrés dans la réalité du terrain et une mesure d'impact avant/après qui prouve l'efficacité des actions auprès des élus et des habitants.


